Audace, agilité, remise en question : l’esprit start-up a bien des choses à apporter à l’économie traditionnelle. C’est le message de la 26e édition du magazine fribourg.swiss, dévoilée le 23 septembre au Marly Innovation Center. Devant une cinquantaine d’invités, entrepreneurs, investisseurs et spécialistes de l’innovation ont exploré ce que les start-ups et les entreprises établies peuvent apprendre les unes des autres.
« Même si l’on connaît le succès aujourd’hui, il faut se demander comment définir celui de demain. Il peut être très différent. » Avec cette mise en garde, Marc Pauchard, expert en innovation, a donné le ton d’une matinée consacrée au Startup Mindset, cet état d’esprit qui dépasse largement le cercle des jeunes pousses.
« Qu’il s’agisse de PME ou de grandes entreprises internationales, toutes peuvent et doivent s’inspirer de l’esprit start-up », a renchéri Jerry Krattiger, directeur de la Promotion économique du canton de Fribourg (PromFR). Le canton compte d’ailleurs cette année quatre jeunes entreprises parmi les 100 meilleures start-ups de Suisse.
Un écosystème en mouvement
Le Marly Innovation Center (MIC) offrait un cadre particulièrement parlant pour ce lancement. Ancien site industriel d’Ilford, il accueille aujourd’hui plus de 200 entreprises et un millier d’emplois. Mathieu Piller, directeur du développement du site, a retracé cette métamorphose et évoqué un obstacle persistant : « Le grand danger pour une start-up, ce n’est pas tellement sa technologie, mais le financement de son développement jusqu’au marché. »
Pour aider ces entreprises à franchir les étapes de leur développement, Fribourg peut compter sur un réseau de soutien qui s’est étoffé au fil des années : Fri Up, la Promotion économique, les hautes écoles, mais aussi des instruments de financement comme Seed Capital et Capital Risque Fribourg. Le conseiller d’État Olivier Curty a également insisté sur la complémentarité des quartiers d’innovation et leur attractivité. Quant à sa définition du Startup Mindset, elle tient en quatre mots : « Énergie, originalité, disruption, innovation. »
« Il y a eu une réelle volonté de tous les acteurs de l’écosystème d’aller de l’avant et d’exploiter davantage le potentiel du canton », a rappelé Yann Steulet, directeur de Fri Up. Une dynamique que Brigitte Baumann, business angel familière des écosystèmes internationaux, replace dans une perspective plus large : « Fribourg a l’avantage de pouvoir observer ce qui se fait ailleurs dans le monde, d’en retenir le meilleur et de développer sa propre approche. »
L’innovation à l’épreuve du réel
Sarah Cattin, cofondatrice de Xemperia, en sait quelque chose. Issue de l’Université de Fribourg, sa start-up développe une méthode de dépistage du cancer du sein à partir d’une prise de sang. Mais transformer cette découverte en produit commercialisable exige du temps et des moyens considérables. « Nous avons besoin de plusieurs millions pour réaliser une étude clinique qui prendra plusieurs années. Ce sont des chiffres et des délais qui font un peu peur », a-t-elle expliqué. De quoi refroidir les investisseurs, alors que l’entreprise ne génère pas encore de revenus.
Ciril Stebler a raconté une autre trajectoire : celle de Velocorner, plateforme spécialisée dans la vente de vélos, installée à Morat et majoritairement détenue par le TCS depuis 2023. « Une start-up arrive à faire beaucoup plus de choses avec moins de ressources. La combinaison de cette rapidité avec la notoriété d’une grande structure est une vraie force », a expliqué son cofondateur.
Mais l’agilité ne garantit pas à elle seule le succès. Marc Pauchard l’a rappelé en revenant sur l’histoire d’Ilford, dont il a vécu une partie de l’aventure. L’entreprise avait anticipé l’essor de la photographie numérique, mais pas ses conséquences : contrairement aux prévisions, les consommateurs n’ont pas imprimé davantage de photos. Ils ont préféré les regarder sur des écrans. Une erreur d’appréciation qui rappelle qu’innover ne suffit pas : encore faut-il comprendre comment les usages évoluent.
Des forces complémentaires
« Le danger serait de nous reposer sur nos acquis. Même lorsque tout fonctionne bien, nous devons continuer à nous remettre en question. » Pour Noam Rey, responsable de la zone de marché Fribourg–Neuchâtel de la Banque CIC (Suisse), nouveau partenaire de fribourg.swiss, cette exigence vaut aussi pour l’économie fribourgeoise, dont il a salué la diversité et la résilience.
Les échanges animés par Pierre Jenny ont également souligné l’intérêt de rapprocher les jeunes entreprises et les acteurs établis. « L’objectif n’est pas de miser sur un seul modèle, mais de réunir des acteurs différents qui se complètent et qui se renforcent mutuellement », a résumé Jerry Krattiger.
Au-delà des collaborations, c’est aussi une culture entrepreneuriale qui peut se transmettre d’une entreprise à l’autre. Au fond, le Startup Mindset tient peut-être à cela : garder l’envie d’entreprendre, même lorsque l’on n’a plus rien d’une start-up.