«NOUS VOULIONS SORTIR DE LA CHAUSSURE BUSINESS CLASSIQUE»
KANREY | 10.02.2026

Avec KANREY, Kuno Andrey (à g.) et Kevin Fries dessinent une autre manière de porter l’élégance.

Tous deux ont 47 ans, chaussent du 42 et partagent la même exigence face à la chaussure masculine. Avec KANREY, Kuno Andrey, Fribourgeois passé par Nike et Adidas, et le designer zurichois plusieurs fois primé Kevin Fries ont voulu créer une chaussure hybride, à la croisée de l’élégance formelle et du confort de la sneaker. Semelle extérieure remplaçable, recyclage intégral, écosystème fribourgeois et production européenne : KANREY revendique une vision durable et innovante de la chaussure premium. Dans cet entretien, Kuno Andrey revient sur la genèse de la marque, ses choix technologiques et son positionnement assumé sur le segment haut de gamme, depuis Fribourg et avec une ambition clairement internationale.

KANREY est né d’un besoin personnel. A quel moment est-ce devenu un projet entrepreneurial ?
J’ai longtemps travaillé dans l’univers de la chaussure : apprentissage chez Universal Sport, avant de travailler chez Adidas durant mes études, puis chez Nike après l’obtention de mon diplôme. J’étais habitué aux sneakers, donc au confort. Quand j’ai commencé à chercher des chaussures plus formelles, notamment pour le travail, j’ai été frappé par le manque d’alternatives : très peu de différence réelle entre une paire à 50 francs et une autre à 500, et surtout un confort souvent décevant. Finalement, pourquoi ne pas essayer de résoudre le problème soi-même ?

Vous vous êtes alors associé avec Kevin Fries. Comment cette rencontre a-t-elle structuré le projet ?
J’avais le background business, mais il fallait une véritable force créative. J’ai tout de suite pensé à Kevin, avec qui j’avais déjà collaboré chez Coca-Cola sur des projets événementiels. Plusieurs fois primé à l’international, il touche à de nombreux domaines : du mobilier à l’éclairage, en passant par la mode. Il a très vite adhéré à la démarche et s’est mis à dessiner. Il y a eu plus de 1000 esquisses ! L’objectif était clair : sortir de la chaussure business classique, tout en conservant une vraie élégance.

A quel moment l’idée d’une chaussure hybride s’est-elle imposée ?
Il s’agissait avant tout de valider notre intuition. En collaboration avec l’Université de Fribourg, une étudiante a mené une étude de marché approfondie, qui a d’ailleurs obtenu la note maximale. Cette démarche a confirmé l’existence d’une demande et structuré nos choix de développement : alors que nous envisagions initialement une semelle traditionnelle modernisée, l’analyse nous a conduits vers une semelle de type sneaker, particulièrement innovante et compatible avec un positionnement premium.

Cette semelle remplaçable est un élément central de KANREY. Quelle était l’intention de départ ?
Ce n’est pas seulement une innovation technique, qui a d’ailleurs nécessité de longues phases de test. C’est aussi une réponse à la logique du tout-jetable – très présente dans l’industrie de la mode – qui n’a plus de sens. Le cuir de qualité vieillit bien, mais la partie extérieure de la semelle, en contact avec le sol, s’use. Nous avons donc développé une solution permettant de remplacer uniquement cette semelle extérieure : chaque paire est livrée avec un élément de rechange, facile à faire poser chez son cordonnier, et il est ensuite possible d’en commander séparément.

Vous avez aussi pensé au recyclage de la chaussure en fin de vie…
Dès le départ, nous avons intégré cette question dans la conception du produit. Lorsqu’une paire ne peut plus être portée, elle peut être retournée et intégrée à un programme de recyclage développé avec un partenaire au Portugal. La chaussure est alors broyée et transformée en une poudre, utilisée comme matière de base pour produire de nouvelles semelles extérieures, notamment. L’ensemble du processus se déroule localement, dans un rayon d’une dizaine de kilomètres autour du site de production.

Pourquoi avoir choisi le Portugal pour la production ?
Nous avons exploré beaucoup d’options : Italie, Espagne, Suisse. Finalement, le Portugal s’est imposé pour son savoir-faire historique, notamment sur les sneakers, et pour sa capacité à produire des séries limitées. Produire en Europe était important pour nous. Après le Covid, certaines opportunités se sont ouvertes, et nous avons trouvé des partenaires capables de travailler à ce niveau de qualité.

Vous avez collaboré avec l’institut Swissbiomechanics pour le chaussant. Pourquoi était-ce essentiel ?
Le confort est le vrai graal de la chaussure… et il se joue à quelques millimètres près ! Swissbiomechanics nous a aidés à travailler sur le déroulement du pied, la précision du chaussant et la structure globale. Ce mélange de compétences – design, biomécanique, artisanat – était fondamental.

KANREY est ancrée à Fribourg, tout en visant un marché international. Quel rôle l’écosystème local a-t-il joué ?
En tant que Singinois, il me semblait évident de créer la marque à Fribourg, où nous avons rapidement trouvé des partenaires solides : l’Université de Fribourg, la Haute école d’ingénierie et d’architecture de Fribourg (HEIA-FR), plus précisément l’institut de recherche appliquée en plasturgie (iRAP), ainsi que Fri Up pour le coaching et l’élaboration du business plan, et Seed Capital pour le financement. Angéloz Mode a été notre premier partenaire de vente. Aujourd’hui, nous sommes aussi présents chez différents détaillants à Gstaad et Zurich, et probablement bientôt à Lausanne, Genève et Bâle. Quant à notre boutique en ligne, elle nous permet de toucher une clientèle internationale.